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À l'ère de la performance

15 mai 2008

Quand un mot devient à la mode, habituellement, il entraîne des dérivés dans son sillage. La folle évolution de l'économie, stimulée par la mondialisation, a mis à l'ordre du jour le rendement à tout prix. Ainsi s'explique que le mot performance, né dans le domaine des courses de chevaux vers 1840, puis étendu au monde de l'athlétisme et du sport quelque trente ans plus tard, connaisse aujourd'hui une vogue effrénée, particulièrement dans les domaines de l'économie et de la gestion.

Il faut dire que la notion de rendement ou de résultat exceptionnels, véhiculée par performance, avait de quoi séduire les décideurs de ce monde. En particulier dans le domaine de la gestion des ressources humaines, l'idée de performance a presque éclipsé l'honnête notion de rendement.

Que signifie au juste le mot performance? Appliqué d'abord, comme on l'a vu plus haut, au domaine des courses et du sport, il a servi à qualifier les résultats obtenus dans une compétition. Exemple : Cet athlète a réussi une excellente performance. (Il a obtenu un excellent résultat.) Au résultat obtenu s'est vite ajoutée l'idée d'exploit, de succès exceptionnel. Pour confirmer le caractère exceptionnel de l'exploit, il a fallu le mesurer. D'où l'évaluation chiffrée du rendement contenue aussi dans l'aire sémantique de notre mot vedette.

Dans son sens premier, le nom performance désigne donc le résultat exceptionnel, dûment mesuré, obtenu par un concurrent dans une compétition. Cette notion allait comme un gant aux évaluations de rendement, dans le monde de la concurrence intra- ou interentreprises. Rien d'étonnant à ce que le mot se soit appliqué à l'efficacité exceptionnelle d'un cadre, d'un salarié ou d'une machine. Exemples : La performance du président lui a valu un généreux bonus. La performance de ce nouvel ordinateur est étonnante.

Performance a aussi connu des spécialisations de sens en linguistique et dans les arts de la scène. Dans ce dernier domaine, il s'applique à une production immédiate et directe d'un spectacle faisant appel à une gestuelle spontanée et à des mouvements du corps, alliés à une trame sonore d'improvisation libre. Ce sens a engendré, en français général, le substantif d'agent, performeur (artiste qui réalise une performance). Seul Le Petit Larousse illustré (2008) donne ce terme en entrée. On en trouve toutefois de nombreuses occurrences sur Internet.

Toujours dans le domaine artistique, nos chroniqueurs donnent à performance un sens emprunté à l'anglais : « donner un concert, une exécution publique en parlant d'un artiste, pianiste, chanteur ou instrumentiste ». Cet emprunt est inutile. En français, on donne un concert et non une performance. Un pianiste peut se produire avec un orchestre symphonique, il n'est pas en performance avec lui.

Le principal dérivé de performance dans son sens général est l'adjectif performant, qui signifie « d'une capacité exceptionnelle de rendement ». Exemples : un salarié très performant; une voiture performante. La parenté entre performance et performant est donc étroite.

Au Québec, on a de plus créé un pendant verbal à performance : performer. Exemples : Ce séminaire a pour but d'aider les entreprises à mieux performer. Le personnel doit apprendre à performer sans se brûler. Aucun dictionnaire français ne consigne ce verbe, qui s'inscrit pourtant bien dans la famille morphologique de performance. Les occurrences relevées sur Internet sont toutes de source québécoise.

On pourrait avoir plus de réserve sur l'emprunt de performer, souvent francisé en "performeur", signifiant « personne capable d'un rendement exceptionnel ». En ce sens, le mot est absent des dictionnaires français. Avons-nous vraiment besoin de cet emprunt? L'adjectif performant ne pourrait-il pas répondre à nos besoins d'expression? C'est un bon "performeur" dit-il plus que Il est très performant? Suspendons donc le visa de "performeur" jusqu'à nouvel ordre.

Référence

GARNIER, Yves et Mady VINCIGUERRA (sous la direction de). 2008, Le Petit Larousse illustré, Paris, Larousse, 1812 p.

 

Robert Dubuc

Le 15 mai 2008

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