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Angoisses grammairiennes... inutiles?

31 mars 2009

Soit désir de perfection et de raffinement, soit amour des contraintes, les grammairiens puristes se sont parfois plu à multiplier les règles et les distinctions subtiles, sans grand profit, en règle générale.

 

Continuer à, continuer de

Ainsi certains ont voulu établir une distinction de sens entre les constructions continuer à et continuer de suivies d'un infinitif. Selon les tenants de cette distinction, notamment Thomas (1971), continuer à marquerait la persistance dans un acte commencé. Exemples : Il continuait à boire et les bouteilles vides s'accumulaient sur la table. Elle a continué à faire la caisse malgré les avances de Dominique. De son côté, continuer de signifierait une continuité dans la manière de se conduire ou de se produire. Exemples : Cet ivrogne continuera toujours de boire. Les conduites d'eau continuaient d'éclater sous le froid intense.

Ces distinctions étaient sans doute trop raffinées pour s'imposer. Aucun dictionnaire contemporain n'en fait état. On peut donc dire, sans être accusé de laxisme, que continuer à et continuer de sont aujourd'hui parfaitement interchangeables. Le choix de la préposition appartient à celui qui écrit ou qui parle.

Pour les stylistes et autres perfectionnistes, il peut être opportun d'éviter les hiatus avec la préposition à devant les verbes qui commencent par la lettre a ou une autre voyelle. On pourra de la sorte préférer « continuer d'aimer » à « continuer à aimer », « continuer d'élire les conservateurs » à « continuer à élire les conservateurs » (notez que le verbe n'est pas à l'impératif!).

 

Commencer à, commencer de

Le même phénomène s'est produit avec commencer suivi d'un infinitif. Les distinctions des grammairiens n'ont pas tenu la route. Le choix de la préposition à ou de n'est pas dicté par un contenu sémantique.

 

Second ou deuxième

On pourrait peut-être en dire autant de la distinction entre second et deuxième, entendus au sens numéral. La règle est clairement formulée dans le Multi (Villers, 2003) : « On emploie généralement l'adjectif second quand il n'y a que deux éléments; autrement on utilisera plutôt deuxième. »

Grevisse et Goosse (2008) et Hanse et Blampain (2005) font valoir que jamais cette règle n'a vraiment su s'imposer. Les premiers nous disent que « l'usage a toujours ignoré ce raffinement », tandis que les seconds affirment que « jamais la langue n'a fait couramment entre les deux la distinction que les théoriciens ont voulu établir ». On peut donc raisonnablement conclure qu'en tant qu'adjectifs numéraux ordinaux, second et deuxième sont, sur le plan sémantique, complètement interchangeables. Toutefois, Grevisse et Goosse établissent une distinction de niveau entre les deux : second relèverait de la langue soignée, alors que deuxième appartiendrait à la langue courante. Mais, encore ici, on peut s'en remettre au choix de l'écrivant.

Il faut noter cependant que cette synonymie ne s'étend pas aux emplois non numéraux de second. Celui-ci prend alors le sens de « qui n'a pas la primauté, qui vient après le plus important ». Exemples : Second rôle (sustaining role or actor); capitaine en second. L'adjectif peut aussi signifier « ce qui dérive d'une chose première ». Exemples : causes secondes, de seconde main, état second (Rey-Debove et Rey, 2008).

Que cette petite brise de libéralisation de l'écriture ne fasse qu'alléger le fardeau de la recherche de la rigueur, sans laquelle il n'y a pas d'écriture efficace.

 

Bibliographie

GREVISSE, Maurice et André GOOSSE. 2008, Le bon usage, 14e éd., Bruxelles, De Boeck-Duculot, 1600 p.

HANSE, Joseph et Daniel BLAMPAIN. 2005, Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 5e éd., Bruxelles, De Boeck, 650 p.

REY, Alain (sous la direction de). 2005, Dictionnaire culturel en langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 4 vol.

REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2008, Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2838 p.

THOMAS, Adolphe V. 1971, Dictionnaire des difficultés de la langue française, Paris, Larousse, 436 p.

VILLERS, Marie-Éva de. 2003, Multidictionnaire de la langue française, 4e éd., Montréal, Québec Amérique, 1542 p.

 

Robert Dubuc

Le 31 mars 2009

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