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Autour d’un mot : casque

2 avril 2012

Une recherchiste de Radio-Canada voulait que je lui brosse un portrait sémantique complet du mot casque, à insérer dans une prochaine émission. Comme je devais incessamment partir en vacances, j’étais dans l’impossibilité de répondre à sa demande. En dépit de mon refus, cette demande a piqué ma curiosité au point où j’ai décidé d’en faire une chronique.

 

Une brève histoire de casque

Le mot casque a une origine militaire. Il a d’abord désigné une coiffure rigide pour protéger la tête des combattants. À cette fonction protectrice s’est ajoutée une fonction de prestige qui met en valeur le vaillant guerrier. La légende aidant, le casque a gagné la mythologie, depuis le casque d’Hadès, roi des Enfers, jusqu’au casque doté de pouvoirs magiques dans la Tétralogie de Wagner.

De nos jours, le casque est d’abord une coiffure protectrice rigide – casque de moto, casque de vélo, casque de mineur, etc. – sans pour autant disparaître du domaine militaire, où il est bien vivant, même avec la version assouplie des Casques bleus de l’ONU.

 

Évolutions

Le mot a connu aussi des extensions de sens par analogie. Par exemple, le casque d’écoute, formé de deux écouteurs et d’un serre-tête, ne joue aucun rôle protecteur. Une coiffure, rappelant plus ou moins un casque, porte aussi ce nom. On se souviendra peut-être du film de Jacques Becker (1952) Casque d’or, dont le titre évoque la chevelure blonde d’une femme fatale.

Dans le français québécois, le mot est devenu une sorte de synonyme de couvre-chef. Bélisle (1957) cite des expressions où casque remplace bonnet en français général : casque de vison, casque de bain. Cela me remet en mémoire un refrain folklorique d’autrefois :

            Dis-moi donc comme t’as un beau casque
           
J’aimerais bien ça l’avoir
           
Y’est garni en poil de vache
           
Y doit être chaud pour l’hiver

Le même ouvrage fait état d’un emploi vocatif du mot, qui était courant au temps de ma jeunesse : Es-tu fou, casque! Cet usage semble en forte régression, remplacé par “man” dans le jargon des ados et par bonhomme, à un niveau plus usuel.

Le mot a aussi trouvé place dans des locutions du français général : s’en donner dans le casque (s’enivrer), avoir le casque (avoir la gueule de bois). Au Québec, Bélisle (1957) mentionne en avoir plein le casque (en avoir ras-le-bol) et ça prend le casque (ça demande un grand effort).

Ce petit voyage autour d’un simple mot, nous laisse bien voir la complexité du cheminement des mots à travers les âges et les continents. La langue est une substance fluide.

 

Bibliographie

BÉLISLE, Louis-Alexandre.1957, Dictionnaire général de la langue française au Canada, Québec, Bélisle éditeur, 1390 p. 

REY, Alain (sous la direction de). 2005, Dictionnaire culturel en langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 4 vol.

 

Robert Dubuc

Le 2 avril 2012

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