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Bienvenue à tous

21 novembre 2009

Dans une de ses interventions à l'émission radiophonique La Parole est d'or, en mars 1965 – soit il y a près de 45 ans – le regretté Jean Dalbernet dénonçait comme anglicisme l'emploi du mot bienvenue comme formule d'accueil. Exemples : Bienvenue à nos hôtes. Bienvenue au Club de golf. Selon le bon usage du temps, il aurait fallu dire : « Nous souhaitons la bienvenue à nos hôtes. Soyez les bienvenus au Club de golf. » Vers la même époque, les fiches « jaunes » du Comité de linguistique de Radio-Canada reprenaient la même interdiction.

Les grands dictionnaires d'usage de l'époque, notamment Robert et Larousse, ne faisaient aucune mention du mot bienvenue comme formule d'accueil. Il faudra attendre les années 1980 pour qu'il y fasse son apparition. Ce silence a, sans doute, cautionné le soupçon d'anglicisme.

Les temps changent et l'usage évolue. Il fallait s'attendre à ce que les raccourcis que permettait l'emploi de bienvenue en formule d'accueil séduisent nos contemporains. Déjà, dans les années 1960, un film l'utilisait en titre : Bienvenue, M. Marshall. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les éditions récentes du Petit Larousse illustré (Garnier et Vinciguerra, 2008) et du Nouveau Petit Robert (Rey-Debove et Rey, 2008) le répertorient sans réserve. Bienvenue peut être suivi tant d'un vocatif que d'un complément (nom de personne ou de lieu). Exemples : Bienvenue, Monsieur le Maire. Bienvenue dans notre maison. Bienvenue aux dames. D'ailleurs cet usage raccourci ne pose aucun problème de compréhension.

La situation est différente avec l'emploi de bienvenu en réponse à un remerciement. Exemple : « Je vous remercie de votre contribution. – "Bienvenu". » Tant Le Nouveau Petit Robert que Le Petit Larousse illustré donnent cet emploi (bienvenu ou bienvenue) comme québécisme. Il s'agit bel et bien d'un emprunt à l'anglais, où le mot welcome sert de façon courante à répondre à un remerciement. Pour un non-initié, cet emploi du mot bienvenu a de quoi surprendre. Il contredit les usages déjà établis en français général, où l'on répond à un remerciement par diverses formules : je vous en prie, il n'y a pas de quoi, de rien, à votre service, etc. Il faut se réjouir que cet emprunt à l'anglais soit en régression. Il est d'un emploi de plus en plus rare même dans l'usage courant. On ne se bat pas toujours sans succès.

 

Bibliographie

DUBOIS, Jean (sous la direction de). 1977, Larousse de la langue française, Paris, Librairie Larousse, 2 vol.

GARNIER, Yves et Mady VINCIGUERRA (sous la direction de). 2008, Le Petit Larousse illustré, Paris, Larousse, 1812 p.

REY, Alain (sous la direction de). 1985. Le Grand Robert de la langue française, Paris, Le Robert, 9 vol.

REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2008. Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2838 p.

ROBERT, Paul. 1965, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Société du Nouveau Littré, 1980 p.

Robert Dubuc

Le 21 novembre 2009

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