normal gros très gros

Chroniques précédentes


Au plaisir des mots

Chers professionnels de la communication!

Par définition, le terme professionnel devrait évoquer la compétence. La compétence implique, en effet, l'exercice judicieux d'un métier dont on maîtrise les outils. En matière de communication, il y a le fond, maîtrise technique des sujets traités, et la forme, moyens employés pour les exprimer. La maîtrise de la forme dépend, pour l'essentiel, de l'observance des règles grammaticales et du respect du sens des mots utilisés. Si nos communicateurs, en général, connaissent bien les sujets qu'ils traitent, certains méritent une moins bonne note pour la forme et, en particulier, pour la propriété des termes.

Je citerai trois exemples d'impropriétés, tous liés à l'influence de l'anglais. D'ailleurs il ne s'agit pas de nouveautés, ces trois cas ont fait l'objet de multiples condamnations. L'ignorance, comme défense, pourrait difficilement se justifier.

Le premier exemple a trait à la locution "mettre l'emphase sur", imitée de l'anglais to put or lay emphasis on. En français, on met l'accent sur un point que l'on veut souligner. Exemple : Le ministre a mis l'accent sur les compressions à opérer dans son ministère. Le mot emphase se réfère à de la grandiloquence ou à une exagération prétentieuse de l'expression, ce qui n'a rien à voir avec une insistance sur un point donné. (Voir Dubuc, 2000.)

La deuxième expression, utilisée par une correspondante outaouaise de la radio d'État, est un vieil anglicisme qu'on croyait à jamais enterré, du moins au niveau de la langue officielle. Il s'agit de l'expression "appliquer pour un emploi", calquée sur l'expression anglaise to apply for a job. Rien dans les sens du verbe appliquer ne peut justifier un tel usage. En français, on postule un emploi, on fait une demande d'emploi, on pose sa candidature à un emploi. (Voir Dubuc, 2000.) De grâce, qu'on nous délivre de ces « applications » incongrues.

Enfin, un troisième élément de contestation nous est fourni par l'emploi du verbe questionner au sens de « mettre en doute, contester ». Encore ici, la contamination par l'anglais est évidente. To question peut signifier en effet to doubt, to dispute (Mish, 2005), tandis que le verbe français questionner limite ses sens à « interroger », « poser des questions ». Entre l'interrogation et le doute, il y a un pas à ne pas franchir.

Serait-ce trop demander à ceux dont la profession tient à l'utilisation de la langue, de résister à l'insidieuse tentation de l'anglicisme? Ne serait-ce pas une question de compétence?

 

Références

DUBUC, Robert. 2000, En français dans le texte, 2e édition, Montréal, Linguatech éditeur, 260 p.

MISH, Frederick C. (sous la direction de). 2005, Merriam-Webster's Collegiate Dictionary, 11e édition, Springfield (Massachusetts), Merriam-Webster, 1624 p.

 

Robert Dubuc

Le 16 février 2010


Design graphique : Véronique Giguère | Intégration web : Tribal Solutions