Chroniques précédentes

L’éternel mythe de Sisyphe
2 juillet 2013
La route ou la rue
12 janvier 2013

Créer ou emprunter?

24 octobre 2011

Pour qui observe l’état de la langue des médias, il est clair que l’emprunt à l’anglais prend une ampleur démesurée. On n’entend que talk-show, blooper, one-man show, timing, “stand-up comique”, box office, casting, flash-back, one-shot et combien d’autres. Tout en reconnaissant la légitimité de l’emprunt pour combler des lacunes de la langue emprunteuse, je considère qu’à trop les multiplier, on s’expose à une sorte de créolisation de notre langue. Recourir au mot anglais chaque fois que l’occasion se présente est une dangereuse solution de facilité. Il faudrait faire l’effort de chercher s’il existe déjà un équivalent en français et, s’il n’en existe pas, se creuser les méninges pour en proposer. Nos cousins de France sont loin de nous donner toujours le bon exemple à cet égard. Pour eux, l’usage de l’anglais constitue souvent une forme de snobisme. Le résultat n’est pas plus heureux pour autant. Je ne peux me défendre d’un pincement de cœur quand j’entends, à l’antenne, nos meilleures vedettes faire leurs délices de ces emprunts, comme si cela n’avait aucune conséquence.

L’autre jour en feuilletant un cahier publicitaire de la maison Omer De Serres, j’ai éprouvé une grande joie : enfin un équivalent plausible et bien fondé y était proposé pour scrapbooking, cette activité de bricolage qui consiste à coller dans un album différentes coupures, récoltées dans divers imprimés. Il y était question de colimage. Cette contraction du verbe coller et du nom image m’est apparue géniale. Non seulement le terme est motivé, se référant explicitement à la notion, mais il permet dérivation et composition pour désigner plusieurs réalités de son champ sémantique. De colimage, on peut tirer colimager (faire du scrapbooking), colimagier / colimagière (adepte du scrapbooking), album de colimage (scrapbook). Au lieu de s’empêtrer dans les dédales d’un emprunt plutôt lourd, on dispose ainsi de termes pour désigner élégamment les réalités du domaine. Bravo à l’inventeur inconnu de colimage!

Dans une chronique antérieure, reprise dans Au plaisir des mots (Dubuc, 2008), j’avais traité des problèmes soulevés par les équivalents possibles de scrapbook, scrapbooking et autres termes de la même famille. J’avais alors retenu album de coupures (scrapbook), d’un usage déjà attesté. Mais, pour les autres termes de la famille, il n’y avait pas de solution vraiment satisfaisante. Avec colimage comme centre de gravité, les problèmes d’équivalence se trouvent automatiquement résolus d’une façon fonctionnelle.

 

Référence

DUBUC, Robert. 2008, Au plaisir des mots, Montréal, Linguatech éditeur, p. 149-152.

 

Attention - Votre version d'Internet Explorer date d'au moins 12 ans et n'est plus compatible avec le site de Linguatech. Veuillez mettre à jour votre ordinateur pour une expérience optimale. Nous vous recommandons Firefox ou Chrome, ou encore ChromeFrame si vous êtes dans un environnement corporatif dans lequel vous ne pouvez pas mettre à jour Internet Explorer.

Vous utilisez présentement Internet Explorer 8, un navigateur web désuet vieux de 8 ans. Notre site peut ne pas bien fonctionner sur cette version. Pensez à mettre à jour votre navigateur : Firefox, Chrome, ChromeFrame.