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De la rigueur pour sauver notre français

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Dans une émission radiophonique récente, une chroniqueuse déplorait le recours excessif à des mots et expressions empruntés à l’anglais, non seulement dans la langue parlée familière, mais aussi dans la langue écrite de certaines revues à prétention culturelle.

Les causes de cette tendance sont multiples. Certes, il existe une sorte de snobisme lié au prestige de la langue anglaise, notamment dans le domaine du spectacle; il y a aussi le poids démographique de l’anglais en Amérique du Nord qui exerce une pression assimilatrice constante, stimulée par un enseignement trop hâtif de l’anglais; enfin, on ne saurait nier le manque de rigueur dans l’enseignement du français à tous les niveaux du système scolaire. Tous ces facteurs fragilisent la position du français et ouvrent la porte à une sorte de dialectalisation de notre langue.

Pour illustrer ce danger, arrêtons-nous à un emprunt bien simple : l’emploi du mot “voteur”, calqué sur le terme anglais voter.

Comme son sosie anglais, “voteur” a une valeur générique qui justifie son emploi indifférencié dans tous les contextes où l’on est appelé à voter.

Le français dispose de deux termes pour couvrir cette réalité : votant et électeur, qui ne sont pas interchangeables.

Votant désigne d’une façon générale toute personne qui a le droit de voter ou qui exerce ce droit effectivement. Exemple : L’assemblée générale, qui comptait plus de cent votants, a adopté cette résolution.

Le mot électeur désigne aussi une personne qui a le droit de voter, mais dans une structure politique : élections fédérales ou provinciales, scolaires ou municipales. Dans nos sociétés démocratiques, l’électeur jouit d’un statut officiel. Un exemple relevé dans le Dictionnaire du français vivant (Davau, Cohen et Lallemand, 1972) illustre bien la différence entre votant et électeur : « Le nombre de votants est généralement inférieur à celui des électeurs inscrits. »

En employant le mot “voteur” à la sauce anglaise, on se prive de cette nuance avec le résultat d’un appauvrissement de nos capacités expressives.

L'abus du recours aux mots anglais dans le discours courant auquel on assiste aujourd’hui a cet effet pernicieux qui amorce une dialectalisation de notre français. Notre situation linguistique est déjà précaire. Faut-il la précariser davantage en rompant nos liens avec le français général?

Pour conserver et sauver notre langue, il faut l’aimer passionnément et faire les efforts nécessaires pour en préserver l’intégrité.

 

Bibliographie

BOULANGER, Jean-Claude (sous la direction de). 1992, Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, 2e édition, Saint-Laurent, Dico Robert, 1274 p.

DAVAU, Maurice, Marcel COHEN et Maurice LALLEMAND. 1972, Dictionnaire du français vivant, Paris, Bordas, 1338 p.

DUBOIS, Jean (sous la direction de). 1977, Larousse de la langue française, Paris, Librairie Larousse, 2 vol.

LEMIAIRE, Alain (sous la direction de). 1962, Nouvelle Encyclopédie du monde Quillet, Paris, Librairie Quillet-Éditions Leland, 18 vol.

REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2007, Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2838 p.

 

Robert Dubuc

Le 17 juillet 2012

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