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Entre gastronomie et malbouffe : Le bonheur de l'ordinaire

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L'alimentation est à l'ordre du jour, tant par les dérapages de la sécurité alimentaire, connus ces derniers temps, que par les soucis sanitaires qu'ils ont renforcés. Bien manger est incontestablement un ingrédient d'une bonne qualité de vie. Mais les dangers du dogmatisme peuvent sévir dans ce domaine comme dans bien d'autres. La survalorisation de la cuisine gastronomique, mise de l'avant par de nombreuses émissions consacrées à la cuisine, risque de faire oublier les vertus d'une bonne cuisine ordinaire.

À propos d'ordinaire, il m'est revenu en tête une expression, utilisée couramment en son temps par ma mère : faire l'ordinaire, c'est-à-dire préparer les repas quotidiens de la famille. Ce sens de ordinaire est attesté depuis le XVe siècle. Il y a donc de bonnes chances qu'il ait émigré avec les colons de la Nouvelle-France. Cet usage semble tombé en désuétude à cause de l'évolution des mœurs. Avec le travail extérieur, devenu presque obligatoire pour les parents, le temps pour cuisiner est réduit à la portion congrue. L'industrie n'a pas tardé à saisir la balle au bond et à offrir toute une gamme d'aliments préparés, destinés à remplacer l'ordinaire.

De ce fait, la pratique de la cuisine délaisse l'ordinaire pour l'exceptionnel. On se fait fort de préparer, pour des occasions spéciales, des mets aux prétentions gastronomiques souvent très justifiées. Mais on néglige la pratique quotidienne de la cuisine : l'ordinaire.

Peut-être faut-il voir là la raison de l'apparition d'un synonyme familier, parfois péjoratif, bouffe, pour désigner l'alimentation courante. Ce terme a engendré un composé malbouffe, qui désigne éloquemment la catastrophe alimentaire du siècle : la restauration rapide, appelée vulgairement "fast-food", ce prêt-à-manger où les gras et les sucres pactisent allègrement pour stimuler l'obésité.

Cette dépréciation de l'ordinaire – aiguillonnée par la compétitivité à tous crins de l'olympisme moderne – nous a fait oublier le confort de l'usuel au profit d'un exceptionnel stressant ou d'un régime insalubre.

Lors de mon premier voyage à Paris, à mon premier repas dans un bistro, la patronne m'avait offert, en plus de quelques vins de marque, son vin ordinaire – « qui n'est pas mauvais non plus », avait-elle ajouté. C'était vrai. Si l'ordinaire n'est pas toujours excellent, il n'est pas mauvais pour autant. Le plaisir des mots peut parfois avoir comme effet de replacer les valeurs en perspective.

Petit vocabulaire culinaire

Bouffe : (synonyme familier et parfois péjoratif de ordinaire) Aliments couramment servis aux repas.

"fast-food" : (emprunt à l'anglais, à éviter) Produits de restauration rapide de piètre qualité et vitement préparés, servis dans des établissements spécialisés.

Gastronomie : Art de la bonne chère, visant l'excellence de la qualité.

Malbouffe : Produits de restauration rapide ou de fabrication industrielle, riches en sucres et en gras.

Ordinaire : Menu quotidien des repas servis dans la famille.

Prêt-à-manger : Terme officiellement recommandé (France) pour remplacer "fast-food".

Restauration rapide : Terme officiellement recommandé (France) pour remplacer "fast-food".

Robert Dubuc

Le 15 novembre 2008

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