Chroniques précédentes

L’éternel mythe de Sisyphe
2 juillet 2013
La route ou la rue
12 janvier 2013

Glace ou crème glacée : Soufflons le chaud et le froid

10 août 2009

L'un des desserts de nos jours les plus populaires, dont la création remonterait au XVIIe siècle, s'appelle, en français général, glace. Il s'agit d'un mélange de crème, de lait et d'œufs, aromatisé à divers parfums et servi congelé.

Au Québec et au Canada francophone – serait-ce sous l'influence de l'anglais ice cream? –, ce dessert ne s'est jamais appelé glace. L'usage courant actuel, attesté en publicité, dans les menus de restauration tout autant que dans la langue écrite et parlée, est crème glacée. D'après Le Nouveau Petit Robert (2008), cet usage se retrouve aussi en Belgique.

L'expression crème glacée a été précédée par deux synonymes : crème à la glace (Bélisle, 1957) et crème à glace (Boulanger, 1992). Mon premier contact avec la chose, dans mon enfance déjà lointaine, s'accompagnait de l'appellation crème à la glace quand on devait bien parler et de crème à glace, avec la voyelle de la préposition dûment allongée, quand on était entre copains. D'où sans doute la marque d'usage « familier » donnée par Boulanger. Crème à glace n'était pas un terme de bonne tenue.

On peut s'interroger sur la persistance du particularisme chez nous. Le soupçon d'anglicisme ne suffit pas à tout expliquer. Il y a d'abord la généreuse polysémie du mot glace dans le domaine culinaire. Le Dictionnaire historique de la langue française (Rey, 1994) parle d'une ambiguïté que n'a pas l'expression crème glacée employée au Canada. On pourrait aussi tenir compte de la valeur méliorative du mot crème qui suggère succulence et onctuosité. Ces attributs n'étaient pas pour déplaire aux publicitaires. D'ailleurs un correspondant a relevé l'emploi de crème glacée dans la publicité d'un fabricant français de glace. Il faut toutefois reconnaître le caractère exceptionnel de cet emploi dans l'Hexagone. Si vous voyagez en France, il serait prudent de commander une glace plutôt qu'une crème glacée. Vous serez ainsi plus facilement compris. Enfin, d'un strict point de vue sémantique, crème glacée tient la route. Qu'est-ce qu'une glace, sinon une crème glacée?

Je manque d'enthousiasme à l'idée de combattre l'utilisation de crème glacée. Je garderais mes cartouches pour des combats plus significatifs.

 

Références

BÉLISLE, Louis-Alexandre. 1957, Dictionnaire de la langue française au Canada, Québec, Bélisle éditeur, 1390 p.

BOULANGER, Jean-Claude (sous la direction de). 1992, Dictionnaire québécois d'aujourd'hui, 2e édition, Saint-Laurent, Dico Robert, 1274 p.

REY, Alain (sous la direction de). 1994, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaire Le Robert, 2 vol.

REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2008, Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2838 p.

 

Robert Dubuc

Le 10 août 2009

Attention - Votre version d'Internet Explorer date d'au moins 12 ans et n'est plus compatible avec le site de Linguatech. Veuillez mettre à jour votre ordinateur pour une expérience optimale. Nous vous recommandons Firefox ou Chrome, ou encore ChromeFrame si vous êtes dans un environnement corporatif dans lequel vous ne pouvez pas mettre à jour Internet Explorer.

Vous utilisez présentement Internet Explorer 8, un navigateur web désuet vieux de 8 ans. Notre site peut ne pas bien fonctionner sur cette version. Pensez à mettre à jour votre navigateur : Firefox, Chrome, ChromeFrame.