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Le "futur" a-t-il un avenir?

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Il faut s'attendre à ce que la langue évolue et que ses usages se modifient. Mais, comme pour les changements climatiques, il est souhaitable que ces changements soient modérés, voire contrôlés. La langue, faut-il le rappeler, a pour mission première l'expression de la pensée. Il est donc opportun de veiller à ce que son évolution ne gêne pas cette mission première.

Si les emprunts à d'autres langues peuvent contribuer à l'enrichissement d'une langue, ils peuvent, lorsqu'ils ne sont pas motivés par un besoin réel, entraîner une dilution des énoncés. Aussi ne peut-on qu'être d'accord avec le Petit Robert (Rey-Debove et Rey, 2008) qui qualifie d'abusive la substitution du mot futur substantivé – sous l'influence de l'anglais future – au mot avenir pour désigner le temps à venir, comme dans les exemples suivants : Préparer le "futur". On ne sait ce que le "futur" nous réserve.

Même si avenir et futur ont un contenu sémantique de base très semblable, désignant ce qui n'est pas encore arrivé, le français traditionnellement les a spécifiés par l'usage qu'il en fait. Futur s'emploie surtout comme adjectif. Exemples : s'inquiéter des événements futurs; les futures déclarations du président. Le mot avenir est toujours substantif. Exemples : faire des projets d'avenir; un plan qui assurera l'avenir des générations futures. Nous entrons dans l'avenir à reculons (Valéry).

Cet usage bien défini a le mérite de clairement distinguer ces deux mots par leur nature grammaticale. L'usage substantivé de futur, comme synonyme de avenir, ne fait que nuire à la rigueur de l'expression sans aucun profit. Pourtant les médias semblent avoir oublié l'existence du mot avenir. On n'en a que pour "futur". Exemples : Le député n'a plus grand "futur" politique. Shangaï veut toucher le "futur". Un budget pour assurer le "futur" des prochaines générations.

Il faut toutefois mentionner que la langue littéraire a parfois recours (Rey, 2005) à la substantivation de futur, pour l'opposer au passé. Exemples : Le passé agit sur le futur. Le futur ne peut être identique au passé. Rappelons aussi l'emploi familier de futur – quelque peu désuet – pour désigner le fiancé, le promis (Lemiaire, 1962). Exemple : Elle est fière de son futur et se propose de l'épouser bientôt. Enfin, tout le monde connaît la désignation des temps grammaticaux : futur, futur simple, futur antérieur.

Voilà qui délimite nettement les aires orthodoxes d'utilisation de ces deux mots. Résumons-nous donc :

Avenir : (nom masculin) 1. Temps à venir. Exemple : L'avenir peut nous réserver des surprises. 2. Situation à venir. Exemple : préparer son avenir.

Futur : (adjectif) Relatif au temps à venir. Exemple : Les temps futurs sont incertains. (nom masculin) 1. (abusivement) Synonyme de avenir. 2. (littéraire) Période opposée au passé. 3. Temps grammatical portant sur l'avenir. 4. (familier et vieilli) Fiancé, promis.

 

Références

LEMIAIRE, Alain (sous la direction de). 1962, Nouvelle encyclopédie du monde Quillet, Paris, Librairie Quillet et Éditions Leland, 18 vol.

REY, Alain (sous la direction de). 2005, Dictionnaire culturel en langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 4 vol.

REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2008, Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2838 p.

 

Robert Dubuc

Le 2 juin 2010

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