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Lien défectueux et mauvais rapport

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L'utilisation judicieuse des charnières est l'une des clés de l'efficacité de la communication, tant orale qu'écrite. La référence à la norme, véhiculée par les bons dictionnaires d'usage, devrait donc nous guider dans leur emploi. Il faut non seulement qu'elles y soient consignées, mais encore qu'on respecte le sens qui leur est attribué.

Un néologisme inutile

Une première difficulté, à cet égard, se pose avec une nouvelle locution qui, semble-t-il, fait florès dans la bouche de nos ténors de la politique et des médias : "en lien avec". On utilise cette locution pour marquer la parenté entre deux événements ou les rapports qui les unissent. Par exemple, en politique : Le règlement du déséquilibre fiscal est "en lien avec" l'obtention d'un consensus des provinces. Les médias prennent le relais en nous annonçant : « Ce vol de banque est "en lien avec" les autres vols commis dans la région. »

En fait, aucun des dictionnaires consultés ne consigne la locution "en lien avec". Il s'agirait donc d'un usage néologique. Or les innovations lexicales, pour être justifiables, doivent apporter quelque bénéfice sur le plan de la forme ou du fond. On cherche en vain ce que cette charnière apporte à la clarté ou à l'élégance de nos énoncés. On aurait écrit ou dit normalement : « Le règlement du déséquilibre fiscal dépend de l'obtention d'un consensus des provinces. » Ou encore : « Ce vol de banque est relié aux autres vols commis dans la région. » Voilà qui est plus simple et plus naturel. L'introduction de "en lien avec" a plutôt une petite résonance de langue de bois qu'on aurait tort de privilégier.

Une déviation sémantique

La deuxième difficulté ne date pas d'hier. Déjà, elle était relevée dans Objectif 200 (Dubuc, 1971). Il s'agit de l'emploi de la locution en rapport avec non pas pour marquer la convenance ou l'harmonie, comme l'indiquent les dictionnaires, mais plutôt pour établir un lien de cause ou de parenté entre deux événements. Exemples : Elle a été arrêtée "en rapport avec" l'enlèvement de ses deux enfants. L'intervention du chef du parti était "en rapport avec" le projet de loi controversé.

Cet emploi de la locution en rapport avec contredit les sens attestés, à savoir : « qui convient à », « en harmonie avec ». Exemples : Il a un train de vie en rapport avec son revenu. Elle porte une toilette en rapport avec l'importance de l'événement. Cette locution s'emploie aussi avec le verbe mettre pour indiquer une mise en contact de deux ou plusieurs personnes. Exemple : Il se mettra en rapport avec les principaux organisateurs de l'événement.

Jamais les sens de « relié à », « relativement à », « concernant » ne sont consignés.

Pour corriger les emplois fautifs de la locution en rapport avec, les solutions ne manquent pas. Reprenons les exemples cités plus haut : Elle a été arrêtée relativement à l'enlèvement de ses deux enfants. L'intervention du chef du parti concernait le projet de loi controversé. Souvent l'utilisation d'un verbe remplace avantageusement la locution fautive.

Y aurait-il un lien entre l'utilisation abusive de ces deux charnières et la présence en anglais de in connection with, d'emploi très fréquent? C'est à voir.

Référence

DUBUC, Robert. 1971, Objectif 200 : Deux cents fautes à corriger, Montréal, Ici Radio-Canada et Leméac, VIII-134 p.

Robert Dubuc

Le 15 février 2007

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