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Notre français, menacé d'hybridation

5 décembre 2011

Une véritable régression

Les anciens terminologues de l’Office québécois de la langue française ont amorcé récemment un mouvement de protestation à l’égard de la « québécisation » du Grand dictionnaire terminologique (GDT) de cette institution. On constate en effet que, dans ses orientations récentes, le GDT substitue de plus en plus des particularismes locaux aux termes dûment attestés en français général, et cela, à l’encontre des principes fondamentaux, universellement reconnus, du travail terminologique. On sabote ainsi des années de travail et de recherche, effectués par des équipes de terminologues passionnés et compétents qui se sont donné pour mission de mettre les langues de spécialité au diapason du français en usage dans la francophonie. On risque donc de revenir cinquante ans en arrière et de s’orienter vers la dialectalisation de notre français. De la fin des années soixante au milieu des années quatre-vingt-dix, l’Office a joué le rôle de ferment dynamique et efficace de la francisation du monde du travail, du commerce et de la finance, tout en favorisant l’actualisation de la langue d’usage. On semble aujourd’hui renoncer à cette mission.

Qu’y a-t-il derrière cette régression? Certes la démission devant l’effort que demande tout changement linguistique est toujours présente. Mais il y aussi un attachement folklorique à nos façons de nous exprimer. Cette tendance est stimulée par la linguistique américaine, hostile à toute intervention dans la langue : Leave your language alone. Ce courant connaît un regain de popularité chez certains linguistes de l’Université Laval, où sont formés les terminologues de la relève à l’Office.

 

Risques de la dialectalisation

J’écoutais Fred Pellerin, dans une interview accordée à Marie-France Bazzo. Force est de reconnaître que, dans son expression courante, sa langue est déjà fortement dialectale : à ses archaïsmes légitimes, s’ajoutent nombre d’emprunts directs à l’anglais, des anglicismes sémantiques et un brouillage syntaxique où une chatte retrouverait difficilement ses petits. Est-ce là le modèle linguistique vers lequel on voudrait tendre?

 

Influence omniprésente de l’anglais

Je suis toujours stupéfait devant le nombre incalculable d’anglicismes clandestins qui tapissent la langue des médias : on “anticipe”, au lieu de prévoir, on “adresse un problème” comme on adresse une lettre, on “initie” un projet plutôt que de le lancer, on “questionne” pour mettre en doute, on fournit des “évidences” au lieu des preuves, on “fait application” plutôt qu’une demande d’emploi, le contribuable est remplacé par le “payeur de taxe”, sans oublier les “corporations” et le “corporatif”, et la liste pourrait s’allonger indéfiniment. En raison de la puissance de rayonnement des médias, cet état de langue n’a rien de rassurant.

 

Quel français enseigne-t-on?

Ne convient-il pas de s’interroger sur la qualité de l’enseignement du français dans nos écoles? Je sais qu’il y a bon nombre d’enseignants qui ont à cœur la qualité du français et qui s’efforcent de le bien enseigner. Mais ils semblent minoritaires, si bien que la majorité des élèves, arrivés à la fin de leurs études secondaires n’ont qu’une connaissance très sommaire de la grammaire, avec un vocabulaire déficient, tant à l’écrit qu’à l’oral.

 

Péril imminent

Il faut donc le reconnaître : notre français est en péril d’hybridation. Les avocats d’un français de qualité internationale se font de plus en plus rares et, surtout, ils ont de moins en moins l’oreille des pouvoirs politiques, pour qui la connaissance de l’anglais devient la grande priorité.

 

Robert Dubuc

Le 5 décembre 2011

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