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Petit rappel de grammaire et de bienséances

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Le français compte deux sortes d’adjectifs qualificatifs : les adjectifs ordinaires et les adjectifs de relation. Ces derniers tiennent lieu d’un complément déterminatif. Exemples : une grammaire latine (du latin); un élevage ovin (de moutons); un centre sportif (des sports). Seuls les adjectifs ordinaires peuvent être modifiés par des adverbes de degré comme aussi, plus, moins. Exemples : Elle est plus aimable que belle. Elle est plus gentille que son mari.

L’adjectif ordinaire ainsi modifié se nomme comparatif, parce qu’il comporte une idée de comparaison qui indique une quantité égale, supérieure ou inférieure à l’égard d’une même qualité chez une même personne (Elle est plus belle que jamais) ou chez deux personnes différentes (Jeanne est plus riche qu’Édith). La comparaison peut se faire aussi entre des qualités différentes chez une même personne (Elle est plus sage que belle). Cela vaut aussi pour les choses (Cette chaise-ci est plus confortable que celle-là. Cette table est plus longue que large).

Le français doit à ses origines latines trois comparatifs dits synthétiques : meilleur, moindre et pire. Dans ce cas, l’adverbe de degré se trouve intégré au comparatif : meilleur (« plus bon »), moindre (plus petit en quantité ou en importance) et pire (plus mauvais). Ce dernier comparatif synthétique pose une difficulté particulière du fait que la langue populaire, particulièrement au Québec, le considère comme un adjectif ordinaire. Ainsi, elle modifie pire par des adverbes de degré. Exemples : Son travail est “plus pire” que le tien. C’est “moins pire” de jurer que de blasphémer. Il faut noter que c’est avec l’adverbe moins que pire se retrouve le plus souvent dans ces emplois non orthodoxes. En outre, la langue populaire fait un emploi absolu du comparatif pire en l’absence de toute idée de comparaison – ce qui ne peut se justifier –, comme dans les exemples suivants, où pire se substitue à mal : Comment vas-tu? Ça va pas “pire”. Le soleil est chaud, c’est quand même pas trop “pire”.

L’étonnant, c’est que ces tours relâchés trouvent place aujourd’hui à l’antenne des médias, y compris à Radio-Canada. La suppression des niveaux de langue devient une caractéristique du français québécois, ce qui ne témoigne pas de son raffinement. Il faut savoir distinguer par les niveaux – soigné, courant, familier, populaire – le contexte de la communication. Autrement, on ramène tout au plus bas dénominateur.

 

Bibliographie

GREVISSE, Maurice. 2006, Le bon usage : Grammaire française, Bruxelles, Duculot, 1762 p. Refondue par André Goosse.

DUBUC, Robert. 2007, Une grammaire pour écrire, 2e édition, Montréal, Linguatech éditeur, 326 p.

 

Robert Dubuc

Le 7 mai 2012 

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