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Peut-on être à risque?

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Les innovations lexicales, phénomène inhérent aux langues vivantes, méritent souvent d'être scrutées soit pour éviter les risques de cancers verbaux, soit pour mieux baliser leur utilisation. C'est l'exercice auquel nous allons nous livrer pour la locution adjective à risque.

Les avatars d'une locution

On s'est d'abord servi de cette expression pour caractériser une personne ou un groupe de personnes susceptibles d'attraper une maladie. Dans le sillage de l'épidémie du sida, notamment, on a ainsi identifié des catégories de personnes qui, pour diverses raisons : comportements, pauvreté, manque d'hygiène, etc., étaient plus susceptibles d'attraper cette maladie. C'est dans ce contexte qu'est apparue, semble-t-il, la locution à risque. La première consignation que j'ai pu en trouver dans un dictionnaire est datée de 2005, dans le Dictionnaire culturel en langue française (Rey). Si l'on en juge par ses utilisations sur Internet, cette locution néologique a le vent dans les voiles. Elle y est d'abord abondamment utilisée pour qualifier les personnes et les groupes particulièrement exposés à attraper une maladie. Mais on passe aussi de la maladie à d'autres dangers : complications utérines (grossesse à risque), infiltration par des brigands (quartiers à risque), décrochage scolaire (adolescent à risque). Dernier glissement, passage des personnes aux actes. Exemples : pratiques sexuelles à risque; techniques de marketing à risque.

Voilà, à peu près, où l'on en est avec la locution à risque. On pourrait donc lui donner la définition suivante : « Se dit soit de personnes particulièrement exposées à des dangers, soit de situations ou de comportements susceptibles d'engendrer des dangers ».

Ses cooccurrences

L'adoption d'une locution nouvelle ne se limite pas à son emploi simple. En s'intégrant dans le discours, la locution néologique fera appel à des cooccurrences qu'il faut aussi examiner. Encore ici Internet fournit des exemples abondants. Deux modèles retiendront notre attention : le modèle « à risque de + complément nominal » et le modèle « à risque de + complément verbal ». Exemples : Ces personnes sont à risque de sida. Ces publicités sont à risque d'entraîner des dérapages. Ces compléments visent donc à préciser la nature du risque encouru.

Modèle « à risque de + complément nominal »

Le modèle « à risque de + complément nominal » est nettement dominant dans les sites consultés, particulièrement les sites français. Exemples : personnes à risque de tuberculose; produits à risque de dépendance; femmes à risque de lapidation (attention, Hérouxville!); patients à risque de cirrhose; grossesses à risque de complications; personnes à risque de grippe aviaire. Mais on en trouve aussi des occurrences sur les sites québécois et canadiens. Exemples : élèves à risque de décrochage scolaire; pays à risque d'encéphalopathie bovine; individus à risque de mésadaptation.

Modèle « à risque de + complément verbal »

Par contre, le modèle « à risque de + complément verbal » semble à peu près limité aux sites canadiens. En voici quelques exemples : jeunes filles à risque de développer des troubles de comportement; femmes à risque de donner naissance à un enfant avec malformation; jeunes à risque de participer à des activités criminelles; enfants à risque de subir des mauvais traitements; population à risque de souffrir de complications dues à la grippe; enfant à risque de devenir obèse.

Ce qui frappe dans ces cooccurrences verbales, c'est leur lourdeur. Souvent on pourrait supprimer simplement le verbe et dire plutôt, par exemple : jeunes filles à risque de troubles de comportement; jeunes à risque d'activités criminelles; enfants à risque de mauvais traitements; population à risque de complications grippales. Déjà, on respire mieux! Parfois, il serait possible de donner un tour plus abstrait à l'énoncé. Exemples : grossesses à risque de malformation; enfant à risque d'obésité.

Conclusion

On pourrait difficilement interdire de préciser par un complément la locution adjective à risque pour déterminer la nature du danger. Cette précision peut être indispensable à l'énoncé du message. Toutefois, il faudrait se méfier, pour des raisons proprement stylistiques, du complément verbal qui complique souvent sans profit la formulation.

Référence

REY, Alain (sous la direction de). 2005, Dictionnaire culturel en langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 4 vol.

Robert Dubuc

Le 15 mars 2007

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