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Pourquoi une norme?

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En matière de langue, la norme est un concept très contesté dans notre époque d'ultralibéralisme. On l'assimile souvent au purisme ou à un conservatisme stérilisant, refusant toute évolution. Pourtant cette norme est génératrice d'un processus de rigueur intellectuelle appliqué à la langue. Le respect de la norme assure la précision de l'énoncé, l'adéquation maximale entre la pensée et sa formulation, et finalement la meilleure compréhension possible à la réception du message.

La norme n'est pas un carcan, mais une bouée qui balise les voies de la communication entre les locuteurs d'une même langue. On ne parlera jamais de la même façon à Paris, à Bruxelles, à Dakar et à Montréal. Il ne s'agit donc pas de tendre à une uniformité utopique, mais de permettre l'intercommunication. À cette fin, il est important de prendre conscience des écarts par rapport à la norme pour en évaluer l'impact. Il est évident que ces écarts n'ont pas la même portée dans une conversation entre intimes que dans les textes officiels ou le discours des médias. Ici intervient la notion des niveaux de langage : populaire, familier, courant, littéraire. Plus le niveau s'élève, plus s'impose la fidélité à la norme. On ne peut exiger la même rigueur dans une conversation entre copains et copines que dans un texte journalistique, une communication savante ou une œuvre littéraire. C'est une question de jugement.

À cet égard, la « familiarisation » des communications dans les médias a de quoi inquiéter en raison de leur grande influence sur la population. La dissémination de nombreux anglicismes, à l'encontre de termes français pourtant existants, trouve alors un terrain fertile. En voici quelques exemples entendus à la radio en l'espace d'une demi-heure : "fun", pour amusant; "chum", pour conjoint; "toune" pour mélodie; "corporation" pour société; "contracteur" pour entrepreneur; "patcher" pour rapiécer; "timing" pour à propos. N'y a-t-il pas là une percée dangereuse vers une forme de dialectalisation de notre français?

La fidélité raisonnée à la norme est aussi gage de qualité pour une œuvre littéraire. Le roman, le récit ou l'essai où fourmillent les écarts par rapport à la norme se dévalorise. La compréhension qu'on peut en avoir et l'esthétique de l'écriture s'en trouvent compromises. Les œuvres hors norme sont condamnées à un rayonnement restreint.

La maîtrise de la norme est aussi une clé d'accès à la culture. Dans une interview récente, le cinéaste Denys Arcand nous apprenait que les étudiants de l'École nationale de théâtre n'étaient plus capables de lire une œuvre telle que Madame Bovary, de Flaubert. Faute d'un enseignement normatif de la langue, on coupe les jeunes d'un apport culturel essentiel à l'enrichissement de leur bagage intellectuel, les condamnant ainsi à une forme de médiocrité.

Si nous tenons à avoir le français comme langue et comme charnière de notre culture, il faut être normatif, intelligemment. La devise « Laissez faire, laissez passer » des linguistes libéralistes ne peut avoir pour nous que des effets secondaires nocifs.

Robert Dubuc

Le 31 juillet 2008

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