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Problème de mémos

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De plus en plus, même à l’échelle mondiale, la langue anglaise exerce une influence lexicale notable sur les autres langues, notamment le français. Évidemment au Québec, le phénomène n’est pas nouveau. L’anglicisme, ou l’emploi de mots français dans un sens anglais, est l’une des menaces les plus graves qui pèsent sur l’intégrité de notre langue. Certes, tous les locuteurs ne sont pas lexicographes et ils n’ont pas toujours une idée très nette du contenu notionnel des mots qu’ils emploient. Alors si un mot anglais « sonne » français, on l’utilisera sans scrupule. Il s’ensuit des pertes graves sur le plan de la précision de la communication. On finit par ne plus très bien savoir de quoi l’on parle.

Ainsi, dans les bulletins d’information des médias, on entend de plus en plus souvent le mot mémorandum, servi à la sauce anglaise. Les aires sémantiques du mot en anglais et en français ont des points communs, mais ne sont pas identiques. Dans les deux langues, le mot s’emploie en langage diplomatique, avec une nuance importante cependant : en anglais le terme a une résonance non officielle (informal), tandis qu’en français, il a une valeur tout à fait officielle.

À un niveau plus usuel, il a, dans les deux langues, le sens d’« aide-mémoire » et est le plus souvent utilisé sous sa forme abrégée : mémo/memo.

Dans le domaine de la gestion ou de l’administration, de Villers (2003) note que le mot mémorandum est une impropriété pour désigner une brève communication écrite de nature administrative. Le Petit Robert (Rey-Debove et Rey, 2007) confirme cette réserve, tandis que le Petit Larousse (Garnier et Vinciguerra, 2008) admet l’emploi du mot sous sa forme abrégée comme synonyme de note de service.

Le sens commercial, consigné dans tous les dictionnaires français, « ordre d’achat de marchandises remis par un commerçant à ses fournisseurs » semble très peu usité chez nous.

Que pouvons-nous conclure de cette incursion lexicale? Trois choses.

1o L’emploi du mot mémorandum en diplomatie a, en français, une valeur officielle qui lui donne plus de poids qu’une simple note diplomatique.

2o En gestion et en administration, c’est le terme note de service ou note qui est le plus approprié pour désigner une communication écrite au sein d’un même service ou entre les services. La réserve de de Villers (2003) est justifiée.

3o Sous sa forme abrégée, le mot est reçu en français pour désigner une note qu’on prend d’une chose qu’on ne veut pas oublier, ainsi que le carnet où ces notes sont consignées.

 

Références bibliographiques

GARNIER, Yves et Mady Vinciguerra (sous la direction de). 2008, Le Petit Larousse illustré, Paris, Larousse, 1812 p.

REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2007, Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2838 p.

VILLERS, Marie-Éva de. 2003, Multidictionnaire de la langue française, 4édition, Montréal, Québec-Amérique, 1542 p.

 

Robert Dubuc

Le 18 juin 2012

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