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Dans une chronique parue dans La Presse, il y a déjà quelque temps, Pierre Foglia (2008) nous faisait voir la nécessité de rendre en permanence la réalité de la mort présente dans nos vies. Je me suis dit que certains mots faisant partie de cette réalité mériteraient qu'on s'y arrête, ne serait-ce que pour confirmer que les mots sont à la clé de toute réflexion.

Il y a d'abord cette impropriété généralisée ici qui assimile tombe et cercueil, alors qu'en français général la distinction entre ces deux termes est bien nette. Le cercueil est cette longue caisse dans laquelle on dépose le corps d'un mort pour l'ensevelir (Rey-Debove et Rey, 2008). La tombe nous conduit au cimetière, à l'endroit où l'on dépose le cercueil en terre. Au Québec, tombe est un synonyme populaire de cercueil. On dira, par exemple : « acheter une belle tombe en chêne ». Cet usage fait perdre une utile distinction entre la caisse où l'on dépose un corps et la fosse où on l'enterre. Le mot cercueil a pour synonyme le terme bière, d'un usage vieilli ou littéraire, donc peu courant.

Le mot tombe a engendré plusieurs locutions qui pourraient peut-être expliquer la confusion de tombe et de cercueil. Ainsi avoir un pied dans la tombe (être sur le point de mourir), être muet comme une tombe (observer un silence absolu) et se retourner dans sa tombe (indignation présumée d'une personne décédée). Dans ces expressions, tombe a une référence localisée ambiguë qui pourrait évoquer le cercueil. Mais telle n'est pas la réalité.

Dans la famille lexicale de tombe, on trouve le mot tombeau, qui désigne une construction funéraire d'un certain prestige pouvant servir de sépulture à une ou plusieurs personnes. Exemple : Il est enseveli dans le tombeau familial. Ce mot connaît une extension métaphorique qui s'applique à une composition poétique ou musicale dédiée à la mémoire de quelqu'un, généralement un artiste. Exemples : Le Tombeau de Couperin, de Maurice Ravel; Le Tombeau d'Edgar Poe, de Baudelaire.

Toujours dans le même domaine, il conviendrait de s'arrêter à monument. D'après Le Grand Robert (Rey, 2001), ce mot représente un « ouvrage d'architecture, de sculpture destiné à perpétuer le souvenir d'une personne ou d'un événement ». Quand on le qualifie de funéraire, il désigne une pierre placée sur la tombe et sur laquelle on grave une inscription identificatrice. Le terme pierre tombale serait sans doute plus adéquat en ce sens. Les fabricants préfèrent sans doute la valeur quelque peu emphatique de monument pour leur nom de commerce (voir les Pages jaunes sous la rubrique « Monument »).

Avec la quasi-généralisation de l'incinération des défunts, columbarium s'est ajouté au vocabulaire mortuaire. Il désigne un lieu où l'on conserve les urnes cinéraires (qui contiennent les cendres d'un corps brûlé). Ce terme suit la règle générale du pluriel, soit l'ajout d'un simple s. La forme « columbaria » peut se trouver, mais elle est rare.

Liés à la mort, il y a le deuil et la peine qu'il engendre. Cette peine appelle la compassion, qui s'exprime par les condoléances. Au Québec, on offre plutôt ses "sympathies". L'emploi de ce nom au pluriel, au sens de « condoléances », n'est pas reçu en français. On peut assurer quelqu'un de sa sympathie et non de ses "sympathies".

Bibliographie

DUBOIS, Jean (sous la direction de). 1977, Larousse de la langue française, Paris, Librairie Larousse, 2 vol.

FOGLIA, Pierre. 2008, « La mort, encore », La Presse, 20 décembre, p. A5.

GARNIER, Yves et Mady VINCIGUERRA (sous la direction de). 2008, Le Petit Larousse illustré, Paris, Larousse, 1812 p.

REY, Alain (sous la direction de). 2001, Le Grand Robert de la langue française, Paris, Dictionnaires le Robert, 6 vol.

REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2008, Le Nouveau Petit Robert, Paris, Le Robert, 2838 p.

 

Robert DubucCette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Le 23 mai 2009

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