Chroniques précédentes

L’éternel mythe de Sisyphe
2 juillet 2013
La route ou la rue
12 janvier 2013

Valeur indéfinie des pronoms de la deuxième personne

19 septembre 2010

En lisant, dans un journal local, le compte rendu d'une conférence donnée par le président du Conseil de la langue française, je suis tombé sur le passage suivant : « À partir du moment où les universités décident que la science se fait en anglais, tu viens de dire que tu réserves le français à d'autres fonctions. Si tu viens de décider que le français pour faire des affaires, ce n'est pas une bonne langue... il te reste quoi pour le français? » Le ton très familier de l'énoncé justifie-t-il le recours à tu et à te à valeur indéfinie?

Regardons-y de plus près. L'emploi des pronoms de la deuxième personne avec valeur indéfinie est attestée plus ou moins clairement par les dictionnaires. Grevisse et Goosse (2008, no 655, b et no 13, b) reconnaissent à cet emploi une valeur expressive particulière. Ils donnent les exemples suivants : « Vous diriez un prince, vous croiriez le toucher. » « Pour faire un manche d'outil, tu prends un hêtre bien sec. » Ils attribuent cet usage à un souci d'expressivité. Dauzat (1956, p. 268) confirme, d'ailleurs, la valeur affective de ces emplois.

Il semble donc qu'on ne saurait contester la légitimité du recours à ce procédé, pourvu qu'on respecte le contexte du discours. Au Québec, on se soucie assez peu des niveaux de langue. On s'exprime de façon familière à peu près dans toutes les situations. Les médias nous en fournissent d'abondants exemples. Il y a dans l'emploi des pronoms personnels de la deuxième personne avec une valeur indéfinie une résonance familière, qui appartient plutôt à la langue parlée. Ce caractère s'accentue pour devenir très familier, voire populaire, lorsqu'on utilise le te ou le tu avec la même valeur.

C'est là que le bât blesse, quant à la citation du premier paragraphe. Dans une conférence, où l'on ne s'adresse pas nécessairement à des intimes, une telle familiarité détonne. On ne peut être à tu et à toi avec tout le monde. Les niveaux de langue existent. À les brouiller, on nuit à la netteté de la communication.

Références

GREVISSE, Maurice et André GOOSSE. 2008, Le Bon Usage, 14e édition, Bruxelles, De Boeck-Duculot, 1600 p.

DAUZAT, Albert. 1956, Grammaire raisonnée de la langue française, 4e édition, Paris, IAC, 482 p.

Robert Dubuc

Le 13 septembre 2010

Attention - Votre version d'Internet Explorer date d'au moins 12 ans et n'est plus compatible avec le site de Linguatech. Veuillez mettre à jour votre ordinateur pour une expérience optimale. Nous vous recommandons Firefox ou Chrome, ou encore ChromeFrame si vous êtes dans un environnement corporatif dans lequel vous ne pouvez pas mettre à jour Internet Explorer.

Vous utilisez présentement Internet Explorer 8, un navigateur web désuet vieux de 8 ans. Notre site peut ne pas bien fonctionner sur cette version. Pensez à mettre à jour votre navigateur : Firefox, Chrome, ChromeFrame.