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Mon ami Pierrot

Extrait

Prologue

Du 4 au 16 juillet 2010, dans tout le Québec, les températures nocturnes stagnent à plus de 20 degrés Celsius. Le jour, le thermomètre peut atteindre 33 degrés, avec un indice humidex qui oscille entre 42 et 45 degrés, la canicule sévissant du 5 au 9 juillet. Ce phénomène rare ne survient que tous les quarante ans. Le dernier remonte à 1959.

C’est dans cette course à la fraîcheur que je coordonne les étapes de la production d’un manuel scolaire et que j’apprends l’admission de mon ami Pierrot à l’hôpital de Lanaudière. Chaque jour, j’attends son appel, comme avant, à l’appartement ou au bureau. Il formule les souhaits de voir encore une fois la neige neiger, de faire un voyage dans ses îles, de relire des œuvres qui l’ont marqué. Je veux lui faire la surprise de ma visite et je choisis à la hâte neuf livres que nous avons aimés.

Or, le voyagement demeure ma bête noire. Je n’ai jamais fait ce trajet seule en auto; j’ai des sueurs froides, mes jambes claquent. Et si je prenais l’autobus : me rendre au métro Radisson, prendre le 55 et ensuite un taxi. Presque trois heures, aller seulement… Mais j’y pense : si je prenais un taxi pour tout le trajet Montréal-Joliette! C’est du pur délire! Quand ce n’est pas la chaleur qui m’accable, c’est le bruit du climatiseur qui provoque des courts-circuits dans ma tête. Je ne joins personne, même pas tante Lisa, qui pourrait m’accompagner et surtout me donner un transport. Je me résous donc à réserver une voiture.

Entre deux courriels à mon auteure, à ma correctrice et à mon infographiste ― la date de tombée du manuel est dans moins de deux semaines ―, je prépare mon baluchon. Pour protéger les livres durant le transport et leur donner une apparence de cadeau, je veux les enrubanner solidement en forme de croix et je mets la main sur une vieille ceinture en coton d’une robe lilas de mes vingt ans.

Le balcon est l’endroit où je me sens le mieux, même si j’entends le murmure des balcons voisins… Bien calée sur ma chaise, la tête sous un coussin et les pieds sur le garde-fou, je regarde la cime des feuillus centenaires. Dans ses bulletins de santé, mon ami se dit heureux de ne plus suer à grosses gouttes dans son petit appartement, lui qui d’avance ne supporte pas la chaleur, et de pouvoir regarder de sa chambre la cime des conifères et des champs de maïs à perte de vue.

Il se fait tard et si je m’écoutais, je dormirais à la belle étoile. Mais, avec tous les messages que j’ai laissés dans les boîtes vocales, je dois rester éveillée, surtout si tante Lisa appelle! Pour me garder alerte, je respire profondément en visualisant mon itinéraire et j’entends mon cœur débattre à chaque manœuvre sur l’autoroute.

 

I

Quand nous serons grands, nous comprendrons peut-être les vers des grands poètes.

Il est trop tard pour te demander ce que tu aimais des poètes que tu lisais. Je ne peux que deviner tes pensées en plongeant dans les livres que nous avons aimés et en lisant tes florilèges.

Tu ne peux imaginer mes larmes de joie quand j’ai découvert ces poèmes dont tu m’avais parlé et que tu voulais publier. Même si ta petite maison d’édition n’a pu renaître, ces merveilles, je peux maintenant les apprécier, comme si le bonheur était tout près.

La poésie exige beaucoup de temps et de silence. Elle nous invite à passer à gué son chemin, à ralentir, à avancer à un rythme d’escargot, un peu à ta manière de marcher, d’une lenteur telle qu’elle menaçait ton équilibre.

Mais laisse-moi d’abord te guider en te soufflant à l’oreille ces quelques mots : « Écoute bien. Ce sont nos souvenances. »

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