|

Dans le haut de sa tour, Un riche pédégé reçut un certain jour La visite ingénue d’un père de famille. « Monsieur, vous polluez, dit le père, hagard, Et par là vous nuisez à mes fils, à mes filles. – Hm? » grogna le ventru, la tête dans les chiffres, Sans même lui jeter le moindre des regards. « Savez-vous que l’on chie aussi quand on s’empiffre? Enchaîne aussi crûment le père atrabilaire. Vos longues cheminées crachent tant de poussières Que mes enfants ont peine à respirer. – Ce n’est pas grave. – Enfin, vivez-vous sur une île? Croyez-vous qu’il suffise toujours d’enterrer? De vos produits nos terres sont contaminées! – Ce n’est rien, soutient l’huile. – Vos effluves nous tuent, nos rivières sont mortes. » L’homme lève un sourcil. « Vos? Sont-elles à vous? – Mais... elles sont à nous! – Quittez donc vos soucis. Nos ingénieurs l’ont dit : les rivières sont fortes. Or les plus forts survivent. – Je vous ai apporté des photos de ces rives, Ces rives engluées que mon père a aimées. » Notre grand décideur avait les yeux fermés. « Détendez-vous, l’ami. Laissez là vos clichés. Venez plutôt chez moi et prenons l’apéro. » (Chez moi veut dire en fait, ici, dans mon château. Mais le riche l’ignore – ou ne le sait pas trop. Il réside trop loin de ceux qui en arrachent.) L’hôte, sitôt entré, enlevant son manteau, Aperçoit, horrifié, sur son sol à carreaux Une tache. Furieux, il fait venir sa domestique au trot. « Qu’est-ce que je vois là? Dites, vous le voyez? C’est vos quatre pour cent. Vous êtes renvoyée. Il ne sera pas dit Que j’habite un taudis. »
|