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Linguatech

Quand la fontaine coule
dans la vallée
Le pédégé pollueur et la tache

               Dans le haut de sa tour,
Un riche pédégé reçut un certain jour
La visite ingénue d’un père de famille.
« Monsieur, vous polluez, dit le père, hagard,
Et par là vous nuisez à mes fils, à mes filles.
– Hm? » grogna le ventru, la tête dans les chiffres,
Sans même lui jeter le moindre des regards.
« Savez-vous que l’on chie aussi quand on s’empiffre?
Enchaîne aussi crûment le père atrabilaire.
Vos longues cheminées crachent tant de poussières
     Que mes enfants ont peine à respirer.
– Ce n’est pas grave. – Enfin, vivez-vous sur une île?
Croyez-vous qu’il suffise toujours d’enterrer?
De vos produits nos terres sont contaminées!
               – Ce n’est rien, soutient l’huile.
– Vos effluves nous tuent, nos rivières sont mortes. »
               L’homme lève un sourcil.
               « Vos? Sont-elles à vous?
               – Mais... elles sont à nous!
               – Quittez donc vos soucis.
Nos ingénieurs l’ont dit : les rivières sont fortes.
               Or les plus forts survivent.
– Je vous ai apporté des photos de ces rives,
Ces rives engluées que mon père a aimées. »
Notre grand décideur avait les yeux fermés.
« Détendez-vous, l’ami. Laissez là vos clichés.
Venez plutôt chez moi et prenons l’apéro. »
(Chez moi veut dire en fait, ici, dans mon château.
Mais le riche l’ignore – ou ne le sait pas trop.
Il réside trop loin de ceux qui en arrachent.)
L’hôte, sitôt entré, enlevant son manteau,
Aperçoit, horrifié, sur son sol à carreaux
                                Une tache.
Furieux, il fait venir sa domestique au trot.
« Qu’est-ce que je vois là? Dites, vous le voyez?
C’est vos quatre pour cent. Vous êtes renvoyée.
               Il ne sera pas dit
               Que j’habite un taudis. »