Quelques cousinages intempestifs
Les parentés formelles ou sémantiques de termes donnent parfois lieu à des confusions ou à des impropriétés d'usage contre lesquelles il conviendrait de se prémunir si l'on a quelque souci de rigueur dans son discours.
Accident et incident
Certains chroniqueurs de la circulation semblent donner à incident un sens qui se rapproche d'« accident mineur ». Précisons d'abord le sens des termes accident et incident.
Pour Le Nouveau Petit Robert (Rey-Debove et Rey, 2008), un accident est un événement imprévu et soudain qui entraîne des dégâts et des dangers. Le Petit Larousse illustré (Garnier et Vinciguerra, 2008) précise en outre que l'accident cause des dommages matériels ou corporels. Si un véhicule en heurte un autre ou s'il fait une embardée causant des dommages à la carrosserie ou des blessures à ses occupants, il y a accident.
De son côté, le mot incident, selon les mêmes sources, désigne en insistant sur son caractère inopiné un événement mineur, le plus souvent fâcheux, qui vient perturber une action ou une démarche. Il ne semble donc pas légitime de donner à incident le sens d'« accident mineur ». Un simple tamponnement ou un léger accrochage ne sont pas des incidents, car il y a présence de dommages matériels. Par contre, une sortie de route ou une panne sèche pourraient être considérées comme des incidents.
Problème et problématique
La langue de bois à la mode dans les déclarations des politiciens, des fonctionnaires ou autres syndicalistes a banni l'emploi du mot problème au profit de problématique. Ce choix est-il justifié?
Un problème, c'est une difficulté à résoudre. Cette difficulté peut être plus ou moins complexe ou grave. Ainsi on peut avoir des problèmes d'orthographe; une voiture en panne peut causer des problèmes de circulation; l'élaboration d'un budget équilibré peut poser des problèmes. En somme, le problème est une difficulté constatée.
Le terme problématique, emprunté à l'allemand vers les années 1950, possède une coloration didactique ou philosophique. Il se réfère à un ensemble de problèmes dont les éléments sont liés et qu'on étudie comme un tout.
On pourrait donc dire que les problèmes résultent d'un constat et la problématique, d'une étude ou d'une réflexion. Le décrochage scolaire est un problème. Si l'on en étudie les causes et les effets, il devient une problématique. L'utilisation que l'on fait couramment de ce dernier terme a davantage une valeur emphatique que didactique. Il constitue ainsi un synonyme pompeux de problème, sans plus. Il serait pourtant suffisant de parler de problèmes lorsqu'on en est à l'étape du constat.
Somptueux et somptuaire
L'emploi inconsidéré de ces faux jumeaux peut dénoter, encore ici, un certain relâchement au niveau de la rigueur lexicale.
L'adjectif somptueux est associé à l'idée de la recherche du luxe et du beau. Est somptueux ce qui a entraîné une dépense considérable pour obtenir un résultat d'une grande beauté et d'un luxe opulent. Exemples : palais somptueux, croisière somptueuse, cadeau somptueux.
Pour sa part, l'adjectif somptuaire, qui nous fait remonter à l'Empire romain, est lié étymologiquement à l'idée de dépenses. La loi somptuaire visait à contrôler les dépenses publiques.
Toutefois, la ressemblance formelle de somptuaire avec somptueux a donné lieu à une contamination de sens, si bien qu'une dépense somptuaire est devenue une dépense exagérée, stimulée par un appétit excessif du luxe. Le Nouveau Petit Robert signale cet usage comme critiqué, tandis que l'autre Petit (Larousse illustré) donne dépenses somptuaires comme un syntagme figé qu'il définit ainsi : « Dépenses à caractère luxueux effectuées par les entreprises et sans lien apparent avec l'activité professionnelle (dépenses de chasse, de plaisance). »
Il appert donc qu'on devrait qualifier de somptueux tout ce qui résulte d'une recherche coûteuse du beau et du luxe, et de somptuaires les dépenses pour l'obtenir.
Références
GARNIER, Yves et Mady VINCIGUERRA (sous la direction de). 2008, Le Petit Larousse illustré, Paris, Larousse, 1812 p.
REY-DEBOVE, Josette et Alain REY (sous la direction de). 2008, Le Nouveau Petit Robert, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2838 p.
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Le 19 septembre 2009